Le rituel

Marqueur de vie et porteur de sens

Psychologue.net -

Depuis la nuit des temps, les rituels font partie intégrante de la vie. Que ce soit dans les cultures occidentales ou orientales, les rituels sont des marqueurs essentiels des moments importants de la vie. Ils marquent les moments de transition, de passage et aussi les petits moments de la vie. Porteurs de valeur de lien à soi et de lien aux autres, de valeur d’appartenance à un groupe, et aussi de valeur de créativité et de spontanéité.

Le rituel a pour fonction de donner des repères dans l’espace et dans le temps. Il est un élément structurant de la vie, il rythme les saisons, les âges de la vie, il donne de la profondeur et de l’importance aux moments charnières de notre vie. Il a une fonction sociale sécurisante, tranquillisante et contenante, une fonction de prédictibilité, d’anticipation et de transmission qui nous est profondément nécessaire. En ce sens, le rituel ne peut pas être réduit à de simples conventions sociales. Il nous rend humains, porteur de dignité, de fierté, de considération de soi et des autres, il nous offre le cadre pour exister avec les autres de façon signifiante.

L’importance du rituel dans la construction de l’identité

Le rituel joue un rôle d’interface, une sorte de facilitateur permettant de créer le contact qui permet de se nourrir, et le retrait qui permet d’intégrer la nourriture. Le rituel permet d’être dans la matérialité de ce qu’il se passe, dans l’instant, en mettant tous nos sens en éveil.

Comme en témoigne Anna Halprin, pionnière américaine de danse contemporaine : « Ces peuples chantaient et dansaient pour célébrer naissances et mariages, initier les adolescents au monde des adultes et les adultes aux mystères sacrés, se préparer au combat, fêter la victoire, pleurer la défaite, ou encore guérir les maladies, accompagner à l’agonie des mourants et maintenir la communauté dans le droit chemin. La danse était le mode de communication le plus important pour la population, un langage magique et puissant. La langue des mythes et des légendes, qui offre aux peuples la lecture juste de leur expérience. »

Les rituels de passage ont une fonction très efficace d’ancrage de culture d’origine, de valeur d’appartenance à une communauté. Ces cérémonies de passage de flambeau permettent de transmettre les valeurs permettant aux initiés de se repérer fortement dans le monde. Elles confirment à l’individu son appartenance identitaire.

Margaret Mead, psychologue et anthropologue américaine, dans ses études de diverses civilisations, s’est particulièrement intéressée à l’importance des rituels dans la construction de l’identité. Le rituel apportant le contexte culturel indispensable à l’existence de l’homme. Le rituel est considéré comme le ciment des groupes, le cadre qui permet les passages importants de la vie, avec une entrée et une sortie. La manifestation des racines du groupe et l’appartenance de chacun à ses racines.

Le rituel, valeur d’appartenance à un groupe

On considère aujourd’hui que les rituels servent de pont entre les individus, les communautés et les cultures. Le rituel comme forme fondatrice de cohésion sociale, dans la mesure où il offre une certaine stabilité. On attend du rituel qu’il vienne compenser la perte de sens de la communauté, de l’identité, de l’authenticité dans un contexte de montée d’individualisme, de virtualisation, d’érosion de systèmes sociaux et culturels.

Dans nos sociétés modernes, on note un affaiblissement des rituels culturels et religieux qui rassemblent la communauté et le sentiment d’appartenance. Le rituel aurait besoin d’être réintroduit dans nos vies comme source constituante de notre sentiment d’appartenance au groupe dont nous faisons partie. Il serait nécessaire de recréer des rituels « laïques » afin de souligner la richesse des différences culturelles, sociales et de générations. Des rituels réactualisés et revitalisés.

Les rituels ont tendance à être dévalorisés de nos jours. Certains y voient un côté formel et contraignant. Ils peuvent en effet devenir enfermants s’ils sont obligatoires et rigidifiés. Le problème se pose lorsque le rituel est rigide et sans créativité, étouffant, déconnecté de son essence, quand il perd de son âme. Les situations les plus extrêmes sont représentées par les intégrismes religieux, les violences et les embrigadements au nom d’une personne ou d’une cause.

Le rituel devrait intervenir dans toutes les circonstances de la vie, la naissance, le passage à l’âge adulte, l’entrée dans le monde du travail, une nouvelle vie de couple, une perte de travail, un décès. Dans toutes ces occasions, nous avons besoin de rituels pour nous aider à faire le deuil nécessaire, pour pouvoir ensuite nous ouvrir à de nouveaux vécus. Le rituel rajoute une dimension collective qui marque la vie sociale et les périodes importantes d’une société. Il permet notre adhésion intérieure, notre appartenance extérieure et celle des autres à un groupe d’individus. Il donne du sens à l’événement.

Les rituels de passage et les rituels de vie

Il existe les rituels de passage de vie et les petits rituels du quotidien. Une femme qui évoque la profonde tristesse des funérailles d’un proche où aucune forme de rituel n’a été organisée. La séparation d’un couple banalisée, où le rituel permettrait de faire le deuil d’une relation, d’évacuer la tristesse et le ressentiment. Une fin de contrat sans lendemain qui ne reconnaît pas le travail, l’engagement et la richesse des relations vécues. Autant de moments de ruptures qui manquent désespérément de rituels.

On connaît aussi l’importance que donnent les enfants au rituel du coucher, moment de rencontre privilégié avec les parents. Il se peut que ce rituel, comme d’autres rituels familiaux, soit dévalorisé par les parents. Les règles de vie, les divers petits rites quotidiens proposés en classe (enlever les chaussures, se mettre en rang, ranger les objets) structurent l’enfant et lui assurent un cadre sécurisant. Des rites qui permettent le développement de la mémoire, la confiance en soi et dans les autres, le développement de compétences telles que les capacités d’organisation de l’espace et du temps, des compétences qui permettent ensuite la transmission.

En conclusion, les rituels sont indispensables dans notre vie, aussi bien personnelle que professionnelle. Ils nous donnent l’occasion d’être créatifs, d’oser la nouveauté, de réajuster l’ancien sans jugement, sans honte, de nous sentir libres. Ils nous accompagnent dans les passages importants, les périodes difficiles et dans notre quotidien, afin de marquer les événements importants de la vie et donner du sens à ce que nous vivons.

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